E. du Perron
aan
Evelyn Blackett

Amsterdam, 5 februari 1930

Amsterdam, mercredi, c/o Willink, Keizersgracht 538.

 

Chère Evelyn,

J'ai bien reçu vos lettres - toute la serie, avec ce que vous savez pour la fin. (La fin?) Je me décide à vous répondre.

Primo: vous ne m'avez rien appris que je ne savais pas déjà. Je suis frappé par votre sincérité, mais je me doutais de cette petite occupation. Et tranquillisez-vous: la masturbation - surtout pour la femme - est infiniment moins nuisible qu'on ne le croirait quand on vient de lire quelque petit vo1ume* nous parlant de ce petit ‘vice’. Toutefois, pour être plus ‘complèt’, peut-être, je vous conseil le vivement de vous abandonner au Bermuda lover (ou à quelqu'autre vierge masculin) et d'essayer, du moins l'amour physique à deux, et dans - comment dire? - dans toute sa force. Je ne pense pas que cela vous guérirait de l'habitude prise, mais cela pourrait vous en distraire.** Tenez-vous tant à votre virginité? Ou voulez-vous la garder simplement pour le MARIAGE? Vous pouvez appeler tout cela ‘English’ ou ‘British’ - vous n'arriverez jamais à me faire croire que la masturbation est une vertu. Mais c'est un beau domaine de rêves, je le sais; comme tous les hommes qui ont été petits garçons et pas trop gourds, même à cet âge-là.

Je ne m'occuperai pas de la virginité du monsieur de Bermuda qui tout simplement me répugne (non pas le monsieur, mais sa virginité). Quant à vous, vous vous trompez en pensant que j'ai été joyeux ou heureux (glad) en apprenant que dans une certaine mesure vous étiez vierge; j'étais un peu surpris. Je vous ai dit qu'il me fallait compter avec cela; mais en disant cela, je pensais à vous; pour moi personnellement cette virginité ne constituait ni un charme, ni un repoussoir. - Maintenant que vous vous êtes confessée, c'est exactement la même chose; je vous comprends sans difficulté, puisque c'est ma compréhension que vous désirez avant tout ... Je ne vous déconseille même pas de continuer, si vous aimez cela et n'en abusez pas (pour une femme l'abus n'est atteint qu'à raison de 20 fois au moins par jour), je ne vois pas pourquoi vous abandonneriez ce jeu - assez charmant, tant qu'il se pratique seule. Quand je vous ai parlé de ‘jeux plutôt sâles’ je pensais aux jeux stériles à deux. Ce n'est pas la même chose. A deux:· c'est simplement bête, lâche et méprisable de s'en tenir à ces pratiques, quand avec un peu de bonne volonté. Bon, résumons. Je ne vous déconseille point la masturbation, mais je vous conseille à côté de cela ‘l'amour’ (avec ou sans votre ‘British love’ que je commence à avoir en horreur.)

Ma compréhension vous devait ces lignes. Je suis à Amsterdam où j'ai été rappelé par ma mère que j'y ai trouvée gravement malade (le coeur). Je ne fais rien d'extraordinaire, je me porte bien et ne me sens ni heureux ni malheureux; j'apprends à connaître la Hollande. Je suis content d'apprendre que vos difficultés ont trouvé une solution. Je vous envoie une bonne poignée de main.

Ed.

 

* scientifique, dit-on!

** Pour les méthodes de pratiquer l'amour sans avoir des enfants, il y en a plusieurs, mais aucune absolument sûre. Mais le risque ajouterait peut-être au plaisir. Si vous y tenez, je vous indiquerai quelques moyens.

 

Origineel: Den Haag, Letterkundig Museum

vorige | volgende in deze correspondentie
vorige | volgende in alle correspondentie