E. du Perron
aan
Evelyn Blackett

Gistoux, 29 oktober 1929

Gistoux, mardi soir.

 

Ce matin, à Bruxelles, j'ai eu les renseignements. C'est assez simple, ce voyage. J'aime Oxford, puisque vous y êtes si prés de moi, après tout. Dear, vous auriez pu être en Sibérie!

Rentré ici, j'ai trouvé votre grande lettre. Je m'attendais à une condamnation. - C'est plutôt un défi.

Où j'en suis en ce moment, vous le savez par ma lettre d'hier (mise a la poste à Br. ce matin). Je ne vous parlerai donc plus de toute ceci. Nous verrons bien, quand il ne s'agira plus de correspondance... Ne m'écrivez plus après avoir reçu cette lettre d'hier, car de toute façon je partirai. (Vous avez raison, je garderai ‘old Malraux’ pour après: c'est un ami des moments difficiles.)

* * *

C'était beau, votre petite fantaisie de ‘femme fatale’! j'ai ri quand le Bermuda lover faisait son apparition. Il ne me viendrait jamais à l'esprit, dear, de lui faire concurrence, aussi peu qu'il ne me viendrait à l'esprit de monter dans un ring contre Jack Dempsey. D'où absence de ‘hurt’. Si vous deviez m'aimer tel que je suis, tant pis pour vous et tant mieux pour moi; mais si votre type préféré est celui de l'Apollon du Belvédère, il est évident que je ne serais même pas compétiteur. Donc, si moi aussi, je trouvais beau le Bermuda lover et vous, dear, vous êtes charmante; et qu'il devait vous embrasser devant moi, etc. - je prendrais une chaise et tâcherais ‘to enjoy highly the spectacle’, qui sans doute ne serait pas banal. Ceci, même si je vous aimais, mais je ne pense pas que je vous aimerais, parce qu'il me serait impossible, tout simplement, d'aimer une ‘femme fatale’. Vous comprenez, une femme fatale travaille sur un genre de vanité masculine que je n'ai pas, que je méprise trop pour avoir.

(Je réponds un peu trop sérieusement à votre fantaisie.)

Il y a encore le roman... Vous verrez, un jour vous me redemanderez vos lettres pour les utiliser, et ce sera peut-être bien fait. Mais ne faites pas mourir ‘l'héros et l'héroine’ à la fin; ce serait peu vrai, personne ne vous croirait. Ils se quittent: à défaut d'amour physique - et alors Elle se rend compte qu'un ami de jeunesse, un bel homme de sa race, peut et doit être l'Elu, le Mari, ce serait ‘dans l'ordre des choses’, et il y aurait pour Elle, en effet, ‘the Universal Harmony, somehow, in the end.’ - Et Lui, trouve une petite femme facile, la x-ième, et d'une autre après celle-là (ce que Slauerhoff appelle: ‘la courtisane - ultime impasse - toujours une autre, non! toujours la même complice, qui aide à tuer l'amour’ -) et il vieillit comme il peut, ce qui est notre lot à tous, du reste.

* * *

 

Ds ce que je vs ai dit concernant Tourg. et Pauline V., vous avez trop exclusivement vu la Passion. Je voulais pourtant bien dire: l'Amour. Et la partie du Désir regarde tout l'Etre, tout l'Autre - non seulement sa chair. Et les microbes étaient tout à fait au figuré. Don't worry about that (my dearest child ...)

* * *

 

Vous m'avez envoyé beaucoup de vers de Rotrou. Je ne vous y retrouve pas. Voici deux vers de Racine que j'aimerais appliquer à vous, puisque ns sommes si littéraires.

 
Et Phèdre, au labyrinthe avec vous descendue,
 
S'y serait avec vous retrouvée ou perdue.

Vous savez que c'est elle-même qui parle,

E.

 

Votre lettre de vendredi était tout à fait charmante. Pardonnez-moi de vous avoir ‘a trifle hurt’ et croyez que je n'ai pas voulu le faire.

 

Origineel: Den Haag, Letterkundig Museum

vorige | volgende in deze correspondentie
vorige | volgende in alle correspondentie